Des législateurs progressistes philippins discutent des droits de la personne avec des syndicats canadiens  | | Luz Ilagan (à gauche) et Crispin Beltran (à droite), deux membres de la Chambre des représentants des Philippines, en compagnie du président national de l'AFPC, John Gordon (au centre), au cours d'un échange avec des syndicats canadiens sur la situation des droits de la personne dans leur pays. |
La situation nous ramène au temps de la dictature de Marcos.L'insécurité alimentaire touche durement les Philippines : le prix du riz, un aliment de première nécessité, est passé de 14 pesos à 40 pesos le kilo. Les accusations de corruption portées récemment contre l'administration de la présidente Gloria Macapagal Arroyo ont provoqué une vague de soulèvements populaires exigeant la démission de la présidente. Au beau milieu de cette agitation sociale qui prend de l'ampleur, les exécutions sommaires se poursuivent et les disparitions forcées augmentent. Les représentants du Congrès philippin Crispin Beltran, du parti Anakpawis (« masse laborieuse »), et Luz Ilagan, du parti des femmes Gabriela, ont décrit la situation actuelle aux Philippines devant un groupe de représentantes et représentants de syndicats canadiens, dont l'Alliance de la Fonction publique du Canada et le Congrès du travail du Canada. La table ronde réunissant les syndicats s'inscrivait dans la mission de trois semaines que ces législateurs philippins ont entreprise au Canada en vue de sensibiliser les gens aux exécutions sommaires et aux disparitions forcées qui ont lieu aux Philippines. À Ottawa, dernier arrêt de leur tournée, les représentants ont rencontré des parlementaires canadiens et se sont adressés au sous-comité de la Chambre des communes sur les droits internationaux de la personne. Un troisième membre du Congrès philippin, le représentant Satur Ocampo, du parti Bayan Muna (« la population d'abord »), a rencontré des députés libéraux pendant que ses collègues étaient en réunion avec des syndicats, à Ottawa. Les représentants Beltran et Ilagan ont attiré l'attention des syndicats sur le fait que le Canada était peut-être le complice involontaire des graves violations des droits de la personne aux Philippines. Ils ont affirmé que le gouvernement canadien participe à la formation militaire et policière aux Philippines et qu'il a peut-être fourni une aide au développement aux unités locales du gouvernement philippin, qui comptaient sur les militaires pour « pacifier » leur région. Les représentants Beltran et Ilagan ont aussi soulevé la question des compagnies minières canadiennes, qui ont forcé le déplacement de peuples autochtones, détruit l'environnement et utilisé les forces militaires et paramilitaires pour assurer leur propre sécurité. Les législateurs philippins ont prié le gouvernement canadien de faire pression sur la présidente Arroyo pour qu'elle mette fin à la violation flagrante des droits de la personne. Ils lui ont aussi demandé de réexaminer le soutien bilatéral qu'il apporte au gouvernement de leur pays. Depuis qu'Arroyo a pris le pouvoir en 2001, plus de 80 personnes issues de la classe ouvrière, de syndicats et d'organisations de recrutement ont été tuées. La plus récente victime est Gerry Cristobal, du Yazaki-EMI Cavite. Il a été tué par des terroristes le 10 mars. Il compte parmi les quelque 900 victimes d'exécutions sommaires enregistrées aux Philippines. Les trois législateurs eux-mêmes ont été victimes de répression politique de la part de l'administration Arroyo. Accusé de rébellion et de meurtre, le représentant Beltran, ancien président d'un centre de travail progressiste appelé Kilusang Mayo Uno, a été arrêté et gardé en détention de 2005 jusqu'à la fin de 2007. La Cour suprême a finalement rejeté ces accusations. L'année dernière, au cours d'un attentat à la voiture piégée survenu à l'extérieur de l'immeuble abritant le Congrès philippin, la représentante Ilagan a été blessée par des éclats de bombe. Son chauffeur et un autre membre du Congrès ont été tués. L'année dernière également, le représentant Ocampo a été accusé de meurtre et de rébellion, mais la Cour suprême, là encore, a rejeté ces accusations. Les syndicats canadiens ont indiqué qu'ils continueront de faire leur part en exerçant des pressions sur les gouvernements canadien et philippin pour qu'ils mettent fin aux violations des droits de la personne et des droits des travailleuses et travailleurs aux Philippines. Des résolutions visant à faire campagne pour que cessent ces violations ont été déposées en prévision de la prochaine assemblée générale du Congrès du travail du Canada. Les syndicats examinent également la possibilité d'organiser, cette année, une mission visant à recueillir sur place des faits sur la situation des travailleuses et travailleurs philippins. À leur retour de leur visite au Canada, le représentant Ocampo et trois autres membres de son parti ont dû faire face à une autre accusation de meurtre déposée par le gouvernement philippin le 18 avril 2008. Les forces de sécurité surveillaient également la maison du représentant Ocampo. Des syndicats canadiens et des groupes de la société civile ont fait parvenir aux gouvernements philippin et canadien des lettres faisant état de leur protestation et de leurs préoccupations. Fonds du FJS : 600 $ Avril 2008
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